PubGazetteHaiti202005

Haïti/Massacres: La Saline, Bel-Air et Cité-Soleil: 240 personnes tuées, 25 filles et femmes violées, selon un rapport de OHCCH.

Me. Mario Joseph, resp BAI

L’Observatoire Haïtien des Crimes Contre l’Humanité (OHCCH) avec le support de l’International Human Rights Clinic de la Faculté de Droit de l’Université Harvard a présenté un rapport, le 22 avril 2021, sur l'ensemble des « crimes contre l'humanité perpétrés en Haïti sous l'administration de Jovenel Moïse ». Cette nouvelle structure qui regroupe plusieurs organisations de defense des droits humains fait état des massacres allant de 2018 à 2020 dans les quartiers populaires, tels la Saline, Bel-Air et Cité Soleil, ayant coûté la vie à de nombreux civils.

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« Doctrine de la responsabilité du supérieur hiérarchique »

Dans ce rapport qui comporte cinq parties, Mario Joseph, responsable de l'Observatoire, dénonce « le bon voisinage entre le pouvoir de Jovenel Moïse et les gangs pour massacrer les habitants des quartiers populaires ». En ce sens, l'Observatoire parle des massscres contre une population civile cautionnés par l'État. Pour Me Mario Joseph, Jovenel Moïse et tout son régime devront être jugés pour crime contre l'humanité selon  la « doctrine de la responsabilité du supérieur hiérarchique ».

Jimmy Cherizier « Babekyou » indexé dans les trois rapports 


Le rapport se porte principalement sur les massacres perpétrés à la Saline, au Bel-Air et à Cité Soleil. Selon l'Observatoire Haïtien, « le 13 novembre 2018, des gangs menés par Serge Alectis, Jimmy Cherizier et d'autres chefs de gangs ont tué au moins 71 résidents, dont des enfants et un nourisson de 10 mois, à la Saline ». Mario Joseph a tenu à préciser que lors de ce massacre « les assaillants étaient à bord de divers véhicules dont un blindé de la BOID et portaient également des uniformes de BOID ». L'Observatoire relève que la communauté de la Saline « a joué un rôle actif dans l'organisation de manifestations contre l'administration Moïse ». Les habitants de cette zone, écrit le rapport, « ont empêché au président d'aller déposer une couronne au monument érigé au Pont-rouge en l'honneur de Dessalines ». Toutes ces oppositions de la Saline ont conduit, selon l'Observatoire, à ce massacre dont des personnalités étatiques comme « Fednel Monchery et Richard Duplan sont aussi des auteurs de ce crime ».

« Le 3 novembre 2019, 40 hommes armés ayant à leur tête Jimmy Cherizier, Ti Sonson et Malkonprann ont offert aux résidents de Bel-Air une compensation financière pour retirer les barages dans les rues. Proposition qui s'est vue refuser. Le 4 novembre, les gangs ont attaqué Bel-Air et font 24 morts, cinq blessés et 28 residences et 11 véhicules incendiés »,  rapporte l'Observatoire expliquant que les causes de cette attaque surviennent avec « la période de "peyi lòk" empêchant l'accès au gouvernement dans ce quartier réputé bastion clé de l'opposition gouvernementale ».
Ainsi, pour enlever les baricades érigées sur les chaussées, « le fonctionnaire Ronsard Saint-Cyr aurait demandé à Jimmy Cherizier de s'en occuper et de veiller à ce qu'il n y ait plus de manifestations dans cette zone », indique Mario Joseph comme explication pour la première attaque des gangs armés à Bel-Air, en septembre 2019.

Pour Cité Soleil, le rapport situe les attaques des gangs entre mai et juillet 2020, dans lesquelles « au moins 145 personnes ont été tuées et 98 résidences ont été détruites ». 
« Un fonctionnaire aurait payé le chef de gang Micanor Altès pour faire de son gang un allié aux gangs de Jimmy Cherizier, proche du gouvernement, pour assassiner d'autres gangs opposés au régime », soutient le rapport racontant que « le 24 mai, Babekyou et 13 autres chefs gangs ont attaqué Cité Soleil et Nan Tokyo. Ce qui a amené à la formation de l'alliance G9, en juin 2020, qui par la suite attaque Brooklyn et des quartiers sous le contrôle du chef de gang Gabriel Jean-Pierre ».

Ce qu'il faut remarquer dans ce rapport, le nom de Jimmy Cherizier dit "Babekyou" est mentionné dans tous les trois cas de massacres orchestrés dans ces quartiers populaires. Ensuite, tous les massacres ont pour cause l'opposition des ces quartiers au régime de Jovenel Moïse. Enfin, il est à constater toujours la présence d'un fonctionnaire qui entreprend les démarches et alimente les exécuteurs de ces crimes. 

« Crimes contre l’humanité »

Par ailleurs, selon les trois infractions énumérées à l'article 7 du statut de Rome, le rapport conclut que « ces attaques peuvent être qualifiées de crime contre l'humanité » : « 1) les infractions constitutives doivent être commises dans le cadre d'une attaque dirigée contre une population civile;

2) cette attaque doit être généralisée ou systématique; 

3) cette attaque doit être en application ou dans la poursuite de la politique d'un État ou d'une organisation. Ajouté à tout cela le meurtre, le viol, la torture interdit par le statut de Rome. »

L'Observatoire fait comprendre que ces attaques contre les civils ont été « commises dans une impunité quasi totale ». « Sur près de cent suspects identifiés, seulement 11 ont été arrêtés pour leur participation au massacre de la Saline », lit-on dans le rapport. 

Plus loin, dans le cadre de ces massacres, l'Observatoire explique que l'État était presque absent et que « la police n'a rien fait pour répondre aux appels à l'aide de la population en difficulté ». Me Mario Joseph indique que « plusieurs agents de l'institution policière ont aussi participé dans ces attaques sur les civils ».

L'Observatoire haïtien estime que le gouvernement haïtien doit répondre « aux appels grandissants de la société civile haïtienne qui réclame instamment des enquêtes et des poursuites relativement aux crimes dont fait état le présent rapport, et que les crimes contre l'humanité commis en Haïti doivent inciter la communauté internationale à l'action ».

 

 

 

Par: Juhakenson Blaise

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