Les cloches ont résonné, ce jeudi, midi, dans de nombreuses cathédrales et églises catholiques du pays où des messes d’action de grâce ont été célébrées en vue de dire non à l’insécurité et au kidnapping. 9 des 10 Evêques titulaires du pays ainsi que l’Evêque Emérite Willy Romélus ont pris part à la messe qui s’est déroulée en l’Eglise Saint-Pierre de Pétion-Ville. Dans son homélie, le célébrant principal, Monseigneur Launay Saturné, président de la Conférence des Evêques Haïtiens, a dénoncé les actes de kidnapping d’où qu’ils viennent et exigé la libération immédiate et sans condition de tous ceux qui sont retenus en otage.
A peine les sons des cloches commencent à raisonner dans l’enceinte de l’église à midi pile, les participants à la messe se sont presque tous mis à exprimer leur ras-le-bol face au climat d’insécurité instauré dans le pays par les gangs armés. Cet exercice a duré environ 3 minutes. Les responsables de la CEH allaient enchainer avec la cérémonie eucharistique qui visait à implorer la faveur de Dieu afin de toucher la conscience des kidnappeurs et prier pour que les otages qui sont encore aux mains de leurs ravisseurs puissent recouvrer leur liberté.
Dans son homélie, le célébrant principal Mgr Launey Saturné a dénoncé la banalisation de la vie dans le pays. Critiquant vertement l’indifférence des autorités publiques face à cette situation de terreur instaurée par les gangs, le président de la Conférence Episcopale d’Haïti juge anormal que des bandits soient aussi puissants dans une société. L’archevêque du Cap-Haitien exige la libération immédiate et sans conditions de toutes les personnes qui se trouvent actuellement en captivité.
« Il faut un changement en profondeur dans le pays », a martelé le prélat appelant les autorités concernées à assumer leurs responsabilités. Il interpelle également la communauté internationale qui, dit-il, ne peut pas se comporter en témoin passif soulignant qu’elle ne peut non plus laisser un pays aller à sa perte.
Cette messe s’est déroulée en présence notamment de tous les membres de la Conférence Episcopale d’Haïti hormis l’évêque de Jérémie, Joseph Gontran Décoste. Il faut dire que peu avant la fin de la messe des heurts ont éclaté entre des agents de la police nationale et des militants venus exprimer leur solidarité à l’église catholique. Un véhicule immatriculé OF-00452 a été incendié par les protestataires. Les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène et ont tiré en l’air pour permettre aux agents du service d’incendie d’éteindre le feu. Ce qui a perturbé la fin de la messe. On courrait dans toutes les directions. C'était la panique la panique totale.
L’archevêque métropolitain de Port-au-Prince, Mgr Max Leroy Mésidor, qui présentait le message de clôture de cette messe, a souligné que cette activité témoigne de la grande solidarité des Evêques envers la population. Le prélat a déclaré que le peuple haïtien en a marre de la situation d’insécurité, assurant que Dieu ne laissera pas le pays s’effondrer. Il a promis que « l’Eglise continuera à jouer le rôle de la sentinelle. »
Plusieurs responsables politiques ayant assisté à cette messe chantée en l’Eglise Saint-Pierre de Pétion-Ville pour dénoncer l’insécurité particulièrement le kidnapping se sont dit encouragés par cette initiative. Il s’agit, entre autres, des anciens parlementaires Youri Latortue, Jean Renel Sénatus, Abel Descolines, Antoine Rodon Bien-Aimé, Jean Robert Bossé, l’homme d’affaire et président de MTV-Ayiti, Réginald Boulos et l’activiste politique Rony Timothée. Ils ont dénoncé l’attitude de la communauté internationale accusée de non-assistance au peuple haïtien en danger face à un banditisme d’Etat.
Le directeur exécutif du RNDDH, Pierre Espérance, qui assistait également à cette activité religieuse, a dit qu’il entendait ainsi exprimer sa solidarité envers toutes les victimes de ce qu’il appelle cette insécurité d’Etat. Le militant des droits humains a déclaré ne s’attendre à rien des autorités après cette journée de protestation appelant la population à la révolte pour renverser le régime en place dont les velléités dictatoriales ne font guère de doute, selon Pierre Espérance.
Par Diego O. Charles
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