L’organisation politique Matris Liberasyon rejette d’un revers de main l’appel au dialogue de Religions pour la Paix autour de la crise actuelle. Dans une lettre ouverte aux responsables de cette plateforme interreligieuse, Matris Liberasyon a évoqué un ensemble de faits rendant impossible un tel dialogue dans les conditions actuelles.
Parmi les faits cités par Matris Liberasyon pour justifier son opposition à ce dialogue, on peut mentionner, entre autres, la fin du mandat constitutionnel du président Jovenel Moise depuis le 7 février dernier, la gangstérisation du pays et la décision unilatérale du locataire du palais national de doter le pays d’une nouvelle constitution par voie référendaire. Cette structure qui se veut un mouvement social et politique visant notamment à veiller au respect de la Constitution de 1987 parle également de l’anéantissement des institutions républicaines par l’équipe au pouvoir indiquant notamment le dysfonctionnement du Parlement, la Police Nationale et le Pouvoir Judiciaire. Aussi, voulant mettre en évidence le caractère dictatorial du régime en place, Matris Liberasyon indique les vagues de répressions politique et syndicale orchestrées par l’Exécutif citant notamment plusieurs cas d’arrestations politiques sous l’administration Moise.
Fort de tout cela, Matris Liberasyon estime qu’un dialogue dans les conditions actuelles ne peut qu’apporter des solutions cosmétiques à la crise et aggraver davantage les conditions de vie des classes les plus pauvres de la société. « Matris liberasyon pa swete okenn enstitisyon nan sosyete sivil ak politik la antre nan yon demach kouri pou lapli endiferans nan yon tan, pou yo al lage peyi a nan asid batri mètdam ak koken nan yon lòt tan, menm jan kominote entènasyonal rasis la ap fè depi lontan », peut-on lire dans cette lettre rédigée en creole dont le titre est « Kilès ki ka di li pa konnen, pèsonn pa dwe fòse yon lòt bwote dlo nan panyen pou plen kannari koule ? ».
Se disant favorable à un dialogue entre toutes les forces vives de la nation, cette formation politique dit prendre toutefois ses distances par rapport à toute discussion visant à favoriser l’impunité et la corruption dans le pays. « Nou menm nan Matris Liberasyon, nou pou tout dyalòg nan mitan fòs pwogresis ak nasyonalis yo! Nou dakò pou n sipòte dyalòg pou peyi a rekonsilye ak tèt li kidonk listwa l, kilti l, nan lide pou rejwenn diyite nou kòm pèp, pou gen bon jan relans ekonomik ak pwodiksyon endistriyèl, pounou rejwenn dwa grandèt majè nou ak pou n sòti nan sistèm apateyd ak eksklizyon sa. Men, nou voye jete nan poubèl tout dyalòg pou djòb ak pou pòch, k ap favorize enpinite, pou kòripsyon kontinye depafini pi plis toujou fanmi ayisyen yo! », conclut la lettre.
A rappeler que face au refus de l’opposition de dialoguer avec le Gouvernement en place, la Plateforme Interreligieuse, Religions pour la Paix avait décliné en octobre 2019 une demande du Chef de l’État d’assurer la médiation dans le cadre d’un dialogue pour résoudre la crise politique. « …selon les principes de l’organisation, pour qu’elle accepte d’assumer le rôle de facilitatrice, il faut que toutes les parties au conflit se mettent d’accord sur la nécessité de dialoguer… », avaient fait savoir les responsables de Religions pour la Paix Haïti dans une correspondance qu’ils avaient adressée au chef de cabinet du président, Nahomme Dorvil.
Une histoire qui risque de se répéter dans la mesure où la plupart des dirigeants politiques qui se sont prononcés sur la question ont rejeté toute idée de dialoguer avec Jovenel Moise dont le mandat a pris fin depuis le 7 Février dernier. Ils estiment que Religion pour la Paix Haïti n’est pas crédible pour jouer le rôle de médiateur en raison du fait que l’une des membres de cette structure, Euvonie Georges Auguste avait désigné un représentant à l’actuel Conseil Electoral Provisoire.
Par: Diego O. Charles
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