PubGazetteHaiti202005

Journée Internationale des Migrants : les familles déplacées suite aux conflits armés au Bel-Air vivent dans l’extrême précarité / le GARR tire la sonnette d’alarme

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Dans un rapport publié ce jeudi 17 décembre 2020, en prélude à la célébration de la Journée Internationale des Migrants, célébrée dans le monde le 18 décembre de chaque année, le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) a attiré l’attention des autorités sur les conditions précaires auxquelles sont exposées les familles déplacées chassées de leurs maisons et de leur quartier à Bel Air sous la pression des gangs armés. Face à cette situation alarmante, le GARR a fait un ensemble de recommandations.

Le quartier de Bel-Air, en proie depuis quelques temps à des conflits entre des gangs armés pour son contrôle exclusif, ces affrontements entre ces gangs rivaux, soldés par des tirs à l’arme lourde, le pillage et le vandalisme des maisons de la zone, ont contraint des familles du quartier de Bel-Air, de la rue Mayard, de la rue Saint-Martin craignant pour leur vie, à fuir la zone, pour aller se réfugier au Champs de Mars, non loin des ruines du palais  présidentiel, ainsi que dans le quartier de Fort National, non loin du Bel-Air, d’autres se sont réfugiées au Parc Celtique de Solino, puis se sont installées dans les locaux des pères spiritains situés dans ce même quartier.
 
Dans son rapport le GARR a fait savoir d’entrée de jeu que les personnes déplacées constituent une catégorie de migrants qui ont droit, comme toutes les personnes, à la protection. Cependant selon le GARR, plus de trois mois après leurs déplacements, ces déplacés du quartier de Bel-Air vivent dans l’extrême précarité et leurs droits sont violés au quotidien. 

Le GARR a rapporté que la majorité des personnes déplacées sur le site vit dans le manque total. Très peu d’entre elles peuvent se procurer la nourriture au quotidien. Les membres du comité, avec le support des agents de la DPC, s’organisent grâce à des dons en nature provenant de différentes institutions, pour faire préparer de la nourriture pour les gens. 

Aussi l’organisation a rapporté que l’espace est trop étroit pour loger les familles déplacées. Les 24 pièces dont dispose le bâtiment ne sont pas suffisantes pour recevoir les ménages. La nuit, les gens dorment mal. Non seulement ils n’ont pas de lits mais ils sont empilés dans des pièces d’environ 6 m². A l’extérieur, d’autres dorment à même le sol, sur des morceaux de carton, et sur des matelas. Les gens ne sont ni à l’abri de la pluie ni de l’humidité. 

Par ailleurs, les toilettes sont au nombre de 10, mais sont fonctionnelles quand il y a de l’eau. Les gens doivent faire la queue pour aller se baigner ou satisfaire d’autres besoins. Plusieurs personnes ne voulant pas attendre vont se baigner sur la cour, derrière les deux bâtiments.

Cependant, comme plusieurs autres institutions, le GARR informe avoir apporté son soutien aux déplacés en distribuant des produits alimentaires aux familles installées sur le site.

Selon les membres du comité qui s’occupe du centre, ces apports, bien qu’ils soient importants, ne sont pas suffisants. Le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES) leur a apporté des plats chauds au cours de la première semaine après leur installation sur le site. La mairie de Port-au-Prince avait fait dons de layettes et de matelas aux femmes qui ont accouché sur le site. 
Une délégation du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) les a visitées également et leur a promis des bons d’achats de 3000 gourdes après avoir pris leurs noms. Mais jusqu’au moment de la rédaction de cet article ils n’ont toujours pas reçu ce fond. Les membres du comité et les agents de la DPC reçoivent les dons et les redistribuent aux personnes dites plus vulnérables. 

Plus loin dans son rapport, le GARR note que l’eau utilisée dans le centre pour le bain n’est pas traitée. En conséquence plusieurs femmes disent avoir des signes d’infections comme la grattelle. 

En conclusion, de ce rapport, le GARR a fait savoir que lors de ses visites, il a été constaté que les familles ayant en majorité pour cheffes des femmes seules, subissent des violations graves de leurs droits. Les autorités haïtiennes ne les ont pas protégées des groupes armés et ne sont pas intervenues pour les secourir après les attaques. 

Certes elles ont fait acte de présence via des institutions comme le FAES, la mairie, le MAST, mais leurs actions sont loin d’apporter satisfaction aux familles victimes. Plus de trois (3) mois après l’attaque du 31 août 2020, le GARR souligne que ces familles déplacées vivent dans la peur constante de se faire attaquer une nouvelle fois. Elles sont laissées pour compte, sans maisons, ni moyens de subsistance. 

Fort de ce qui précède, le GARR recommande au gouvernement de : 
1. Accompagner les familles victimes de violence des gangs armés afin qu’elles puissent reprendre leur vie normale dans un bref délai. 
 
2. Traduire en justice les auteurs présumés des actes de violence suivant les normes internationales relatives au droit à un procès équitable.  

3. S’assurer de la présence dans ces quartiers des institutions de l’Etat, en particulier de la Police Nationale d’Haïti (PNH) afin de prévenir ces genres d’attaques et d’y répondre en cas de besoin, sévir contre les extorsions, menaces et autres activités criminelles des gangs contre la population. 

4. Renforcer l’accès à la justice et le droit à la vérité et aux réparations pour les victimes y compris pour les pertes matérielles dans les quartiers de Bel-Air et rues avoisinantes notamment la rue Saint-Martin, la rue Mayard et les autres quartiers victimes. 

5. A l’opinion publique nationale et internationale, de prendre position contre toutes ces  formes de vengeance populaire et sectaire qui vassalisent les acquis des droits  fondamentaux de la personne humaine, de valoriser toutes les initiatives de la culture  de paix et l’obligation d’accepter l’autre avec ses opinions et ses choix politiques,  idéologiques et religieuses tout en encourageant les mécanismes pacifiques de  résolution de conflits ; encourager enfin le gouvernement haïtien à mettre en place un  cadre protecteur en faveur des personnes déplacées dans le pays. 

 

 

 

Par Kervens Adam PAUL

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