PubGazetteHaiti202005

Haiti / crise: l'OEA propose une nouvelle feuille de route pour sortir de l'impasse.

@OEA

À l'approche du 7 février 2026 marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition et pour éviter un vide, l’Organisation des États américains (OEA) dresse une feuille de route pour aider Haïti à sortir de l’impasse. Sécurité, dialogue politique, processus électoral, réponse humanitaire et relance économique composent les cinq piliers de ce document de travail. Mais son financement reste incertain, sa mise en œuvre semée d’obstacles.

Cette feuille de route entend offrir un cadre de travail commun aux partenaires d’Haïti, en appui à un leadership national réaffirmé. L’idée est de lier la réponse à la crise immédiate à la reconstruction des institutions, tout en engageant les forces vives du pays dans une vision à long terme.

Selon le document, Haïti vit une des crises les plus complexes et les plus graves de l’histoire récente de l’hémisphère occidental. Près de 90 % de Port-au-Prince sont aux mains des gangs, plus de 5 600 personnes ont été tuées par la violence armée en 2024, 1,3 million d’Haïtiens sont déplacés, et 4,7 millions vivent en insécurité alimentaire aiguë. L’accès à l’eau potable, aux soins et à l’éducation est dramatiquement limité. La pauvreté explose.

C’est dans ce contexte qu’intervient la feuille de route de l’OEA, structurée autour de cinq piliers, pour un coût total estimé à 1,37 milliard de dollars.

Le premier pilier est celui de la Sécurité et restauration de la paix. Le budget est de 96 millions de dollars américains. Il constitue le socle du plan. Il reconnaît que rien ne pourra être construit sans un minimum de sécurité. Deux phases sont prévues: Une phase d’urgence (octobre 2025 à juillet 2026), visant à permettre à la Police nationale d’Haïti (PNH) et à la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) de reprendre le contrôle des zones les plus critiques, notamment dans le département de l’Ouest. Une stratégie de durabilité (juillet 2026 à juillet 2028), centrée sur la reconstruction d’un système de sécurité publique fonctionnel, cohérent et résilient.

Les actions incluent : la construction de bases avancées, l’équipement logistique des forces de sécurité, la formation de nouveaux policiers, le marquage et la destruction des armes, la lutte contre les trafics aux frontières, le développement d’outils numériques de surveillance et de coordination, la prévention du recrutement des jeunes par les gangs, la réforme du secteur judiciaire.

Le deuxième pilier est celui du consensus politique et gouvernance. Le budget prévu est de 5,1 millions USD. Il vise à jeter les bases d’une gouvernance légitime et inclusive en Haïti, à travers un dialogue national structuré qui mènerait à l’adoption d’une nouvelle Constitution.

Des étapes sont prévues comme: Mise en place d’une mission de dialogue de haut niveau; Dialogues exploratoires avec les parties prenantes; Définition collective des règles et du calendrier; Sessions de dialogue public; Validation des conclusions et plan d’action; Révision du projet constitutionnel; Campagnes de sensibilisation populaire.

L’OEA se propose de jouer un rôle de secrétariat technique, en assurant la documentation, la méthode, et la coordination des débats. Ce processus vise à dépasser les blocages politiques récurrents, à rééquilibrer les pouvoirs de l’État, et à refonder la légitimité institutionnelle.

Le Troisième pilier est celui du processus électoral et légitimité institutionnelle. Le Budget prévu est de 104,1 millions USD. Ce pilier comprend : la réforme de la législation électorale, la mise à niveau du Conseil électoral provisoire (CEP), le soutien à l’Office national d’identification (ONI), la sécurisation du processus, la formation des agents électoraux, des campagnes d’éducation civique, la présence d’observateurs internationaux.

L’OEA projette d’envoyer une mission d’experts électoraux composée de 20 membres, pour accompagner toutes les étapes, de l’évaluation des risques jusqu’à la résolution post-électorale des conflits.

Mais jusqu’à présent, aucune date pour les élections n’est arrêtée, et la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, fixée au 7 février 2026, se rapproche à grands pas sans garantie que les conditions d’un scrutin soient réunies.


Le quatrième pilier concerne la réponse humanitaire. Le budget prévu est de 908,2 millions USD.!C’est le pilier le plus massif en termes budgétaires. Ce pilier comprend : la distribution d’eau potable, de nourriture et de kits d’hygiène, le déploiement de cliniques mobiles, la réhabilitation d’infrastructures sanitaires et scolaires, la création d’espaces d’apprentissage provisoires pour les enfants déplacés, le soutien psychologique aux victimes de violence, l’assistance juridique aux personnes vulnérables, la gestion des épidémies (dont le choléra), la protection contre les violences sexuelles et basées sur le genre.

Le cinquième et dernier pilier est celui du développement durable et relance économique. Le Budget prévu est de 256,1 millions USD. Il vise à briser le cycle de pauvreté et de vulnérabilité chronique. L’accent est mis sur : la création d’emplois décents, la relance des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), l’amélioration de la connectivité (routes, énergie, numérique), la promotion de l’agriculture durable et résiliente, la formation professionnelle, l’intégration des jeunes dans l’économie formelle, la transformation numérique de l’administration publique, la cybersécurité et la gestion des risques climatiques.

Au total, les cinq piliers représentent un budget estimé de 1 369 524 000 dollars américains. Mais ce chiffre, bien que colossal, n’est pas encore garanti : il s’agit de projections basées sur des engagements partiels, des plans en discussion, et des contributions volontaires. La réalité du financement reste fragile.

 

Par: Daniel Zéphyr

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