Plusieurs personnes liées au commerce de l’anguille sont impliquées dans le blanchiment d’argent, y compris de fonds provenant du trafic de drogue et de l’exportation d’anguilles en Haïti, selon le sixième rapport trimestriel adressé au conseil de sécurité par le secrétaire général des Nations Unies.
Le rapport comprend les informations demandées sur les sources et les itinéraires du trafic d’armes et des flux financiers illicites et sur les activités pertinentes des Nations Unies, ainsi que des recommandations.
Depuis des années, la rumeur circule en Haïti que plusieurs acteurs politiques et économiques extrêmement puissants seraient impliqués à la fois dans le trafic d’anguilles et dans le trafic de drogue. La récolte et l’exportation d’anguilles juvéniles sont une activité lucrative en Haïti et dans le monde entier, même si les espèces d’anguilles varient.
Le rapport a souligné que les réseaux de criminalité organisée sont souvent les principaux responsables du commerce illégal d’espèces sauvages, qui contribue fortement à la mise en danger de ces espèces. Cependant, le rôle de ces groupes dans la pêche et le commerce de l’anguille en Haïti au cours de la dernière décennie est moins bien connu, a poursuivi le document précisant qu’un petit groupe d’entrepreneurs appartenant à l’Association nationale pour la protection des ressources aquatiques seraient accusés d’irrégularités et de fixation déloyale des prix.
Selon des témoignages et des documents revus par AyiboPost, les adhérents de l’ANAPRA exploitent les pêcheurs en fixant des prix d’achat dérisoires pour ce poisson minuscule, très demandé dans certains pays, lit-on dans un article du journal en octobre 2024.
Partant de l’existence des pêcheries légales d’anguilles et une consommation légale, une importante filière illégale existe parallèlement au commerce/marché légal ou y est même liée, ce qui offre de nombreuses possibilités de blanchiment d’argent à différents stades de la chaîne d’approvisionnement, selon le rapport de l’ONU.
Il a rappelé que le Groupe d’action financière (GAFI) a mis en évidence des risques de blanchiment d’argent liés au commerce illégal d’espèces sauvages, ainsi que la façon dont cette activité pouvait menacer la biodiversité, alimenter la corruption et éroder l’économie légitime, ajoute.
Selon GAFI, pour déplacer, cacher et blanchir leurs revenus, les trafiquants d’espèces sauvages exploitent les faiblesses des secteurs financier et non financier. Néanmoins, les services répressifs enquêtent rarement sur les dimensions financières de ces crimes.
En janvier dernier, lors d’une réunion d’informations sur Haïti au conseil de sécurité de l’ONU, la directrice exécutive de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Ghada Waly, a alerté qu’ « ’il y a beaucoup d’indices montrant que des acteurs politiques et économiques en Haïti utilisent l'industrie de l'anguille pour blanchir les profits du trafic de drogue ». Elle a attiré l’attention des autorités haïtiennes sur la nécessite de commencer à analyser les rapports de blanchiment d'argent liés au trafic illégal d'espèces sauvages.
En guise de recommandations, le rapport de l’ONU estime de renforcer la capacité opérationnelle de la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants à s’attaquer efficacement au trafic de drogue et d’armes, à enquêter sur ces trafics et à les combattre; soutenir la Commission nationale de lutte contre la drogue dans la mise en œuvre de la politique nationale de lutte contre le trafic et la consommation de drogues illicites et faire mieux comprendre aux autorités haïtiennes compétentes les risques de blanchiment d’argent liés au commerce illégal d’espèces sauvages et soutenir les enquêtes financières dans ce domaine, y compris à des fins de recouvrement d’avoirs.
Par Léon Kersivil
- Log in to post comments


