PubGazetteHaiti202005

Des policiers kényans en Haïti démissionnent en raison de retards de paiement

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Près de 20 des quelque 400 policiers kényans déployés en Haïti dans le cadre d’une mission de lutte contre les gangs soutenue par l’ONU ont soumis leur lettre de démission au cours des deux derniers mois en raison de retards de paiement et de mauvaises conditions de travail, ont confié trois agents à l’agence de presse Reuters qui a relayé l’information ce vendredi 6 décembre.

Ces policiers n’ont reçu aucune réponse à leurs lettres et continuent de servir au sein de la Mission de Soutien Multinational à la Sécurité (MSS), ont indiqué les trois agents, qui ont requis l’anonymat car ils ne sont pas autorisés à parler à la presse.

Le porte-parole de la police nationale kényane n’a pas répondu aux appels ni aux messages sollicitant un commentaire concernant les lettres de démission, les retards de paiement et les conditions de travail.

Lors d’une conférence de presse mercredi, le chef de la police nationale, Douglas Kanja, a répondu aux informations des médias kényans concernant les retards de paiement, affirmant que les agents avaient été rémunérés « jusqu’à la fin octobre ».

Les trois policiers interrogés ont contesté cette déclaration, affirmant qu’ils avaient reçu leur dernier salaire en septembre.

Depuis juin, le Kenya a déployé environ 400 policiers pour diriger la MSS, qui devrait compter environ 2 500 membres issus d’une dizaine de pays. Cependant, la mission est confrontée à des problèmes de financement et à un manque de personnel.

Seuls quelques agents des autres pays participants sont arrivés en Haïti, et la promesse faite en octobre par le président kényan William Ruto d’envoyer 600 policiers supplémentaires le mois suivant n’a pas été tenue.

Les trois agents ont également déclaré que leurs collègues ont commencé à déposer des lettres de démission en octobre, après avoir tenté de démissionner verbalement et s’être vu demander de formaliser leurs requêtes par écrit.

Trois lettres de démission ont été déposées en octobre, suivies d’environ 15 autres en novembre. Parmi ces démissions figurent au moins cinq officiers supérieurs, dont un commandant d’unité, qui a été le premier à soumettre sa lettre en octobre, ont-ils précisé.

L’AGGRAVATION DES VIOLENCES DES GANGS

La violence des gangs, qui a fait des milliers de morts en Haïti au cours des deux dernières années, s’est intensifiée récemment. Le mois dernier, des groupes armés ont étendu leur contrôle à certaines des dernières zones de la capitale, Port-au-Prince, qui leur échappaient encore.

Un policier a confié qu’il n’était pas préparé à ce qu’il a vécu en Haïti et qu’il a été « hanté par des scènes comme des chiens mangeant de la chair humaine dans les rues ».

Les agents ont également signalé un manque de munitions pour faire face aux gangs, qui ont intensifié leurs attaques contre les positions des policiers kényans.

La mission est confrontée à des problèmes de moral depuis son lancement.

En septembre, quatre policiers avaient déclaré à Reuters qu’ils subissaient des retards de paiement et des pénuries d’équipement et de personnel. L’administration du président américain Joe Biden a fourni la grande majorité des financements pour la mission et fait pression pour qu’elle soit convertie en une mission de maintien de la paix de l’ONU, ce qui pourrait renforcer et diversifier son financement.

Cependant, la Chine et la Russie s’y opposent, arguant que la mission MSS devrait avoir plus de temps pour instaurer la paix avant qu’une mission de maintien de la paix ne soit envisagée.

Le mois dernier, Haïti a subi un nouveau revers politique lorsque le Conseil national de transition a évincé le Premier ministre qu’il avait nommé six mois plus tôt et en a désigné un nouveau, Alix Didier Fils-Aimé.

 

 

Avec Reuters

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