Un rapport accablant de l'Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) éclabousse trois conseillers présidentiels — Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, et Louis Gérald Gilles — accusés d'avoir sollicité 100 millions de gourdes pour la reconduction de Raoul Pascal Pierre Louis à la tête de la Banque Nationale de Crédit (BNC). Ce rapport recommande la mise en mouvement de l’action publique contre les trois conseillers « pour tentative de corruption et abus de fonction. »
Comme annoncé par Gazette Haïti, le rapport d’enquête de l’unité de lutte contre la corruption (ULCC) concernant le scandale de la BNC impliquant trois conseillers présidentiels est rendu public ce mercredi.
Selon le rapport, les conseillers auraient exigé 100 millions de gourdes pour assurer la reconduction de Raoul Pascal Pierre Louis en tant que président du Conseil d'Administration de la BNC. Cette enquête a été ouverte après une dénonciation de Raoul Pierre-Louis, président d’alors du conseil d’administration de la banque nationale de crédit ( BNC) adressée au Premier Ministre Gary Conille le 24 juillet 2024. Des réunions secrètes auraient eu lieu pour discuter de cette transaction financière, dont une dans la chambre 408 de l’Hôtel Royal Oasis à Pétion-Ville, où Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, et Louis Gérald Gilles étaient présents. Emmanuel Vertilaire n’a toutefois pas participé à une deuxième rencontre tenue au domicile de Raoul Pascal Pierre Louis.
Lors de son audition par l’ULCC, Smith Augustin a nié toute demande de pot-de-vin. Il a déclaré : « C’est faux, je n’ai jamais fait une telle demande devant les autres conseillers ni fait partie d'une quelconque négociation de ce type ». Il a affirmé que sa présence lors des réunions était uniquement motivée par des discussions politiques et administratives, et qu'il n'avait jamais entendu de demande financière faite dans la chambre.
Pour l'ancien juge Emmanuel Vertilaire, il a également rejeté toutes les accusations portées contre lui. Il a reconnu avoir assisté à la première réunion, mais a insisté sur le fait qu'il n'était qu'un conseiller passif. « Je n’ai jamais été informé ou impliqué dans une quelconque négociation pour un pot-de-vin de 100 millions de gourdes », a-t-il déclaré aux enquêteurs. Concernant son absence à la seconde rencontre, il a précisé : « Je n’y étais pas présent, et je n’ai jamais eu connaissance de ce qui s’est dit lors de cette réunion ».
Louis Gérald Gilles a, de son côté, reconnu qu'il y avait eu des discussions autour de la reconduction de Raoul Pascal Pierre Louis à la BNC, mais a nié toute demande de pot-de-vin. « On m’a approché pour compléter l’administration du Conseil de la BNC, mais je n’ai jamais participé à une quelconque sollicitation de fonds », a-t-il affirmé. Et d’ajouter: « En principe, le mot négociation est trop fort. Toutefois, il y a des approches que tous les candidats aux postes de Premier ministre, ministre, directeurs généraux, président de conseil de banques subissent. »
Lors de l’enquête, Raoul Pascal Pierre Louis, ancien président du Conseil d’Administration de la BNC, a expliqué comment la somme de 100 millions de gourdes aurait été sollicitée par les membres du CPT. Selon lui, cette demande de pot-de-vin a été faite en contrepartie de sa reconduction à la tête de la BNC. Il a précisé lors de son audition : « Je dois vous dire également une fois arrivée, CP Gilles et Monsieur Lonick Léandre avaient pris mon téléphone ainsi que les autres téléphones des personnes présentes. Au début, je pensais que c’était une blague, quand il a insisté pour me demander la somme susdite comme condition pour ma reconduction à la tête du Conseil d’administration de la BNC ». Incapable de verser la somme, Raoul Pascal Pierre Louis a alors proposé un prêt ou une ligne de crédit d’un montant de 20,000 USD (environ 1,800,000 gourdes), toujours selon le rapport.
Concernant la nature des discussions, il a ajouté que lors des réunions, l’accord sur les transactions suspectes avait été discuté par les membres du CPT, ce qui a finalement conduit à des échanges financiers pour sécuriser sa position à la BNC.
Lonick Léandre, consul et proche de Smith Augustin, a également été interrogé par la Commission d'enquête. Il a nié avoir la qualité pour solliciter une quelconque somme de Raoul Pascal Pierre Louis, affirmant qu'il ne disposait pas de pouvoir de nomination. Lors de son audition, il a déclaré ceci : « Malheureusement c’est faux. Je n'ai jamais entendu cette demande dans ma chambre pendant quand j’étais là. Moi non plus je n’ai jamais formulé une telle demande. Je n'avais aucune qualité de formuler une telle demande ». Il a soutenu qu'il s’occupait principalement de commander à manger et à boire pour les participants, ajoutant : « Mwen pa ka di tenè a paske m pat chita pandan yo tap diskite a ( j’ignore la teneur des échanges car je n’y participais »
Ces déclarations s’opposent aux conclusions de l’ULCC, qui affirme que Lonick Léandre était bien au courant des négociations entourant la reconduction de Raoul Pascal Pierre Louis et qu’il aurait joué un rôle actif dans la gestion des échanges. Le rapport note également que Léandre a effectué 18 appels téléphoniques entre le 15 mai et le 27 juin 2024 au numéro de Raoul Pascal Pierre Louis, suggérant une implication dans les transactions suspectes.
L’ULCC a mis au jour des transactions financières suspectes liées à des cartes de crédit préapprouvées émises par la BNC aux trois conseillers du CPT ainsi qu’à Lonick Léandre. Les cartes avaient des limites de 1,800,000 gourdes pour Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, et Louis Gérald Gilles, et de 1,125,000 gourdes pour Lonick Léandre. L’enquête a révélé les montants utilisés et le niveau de remboursement, soulevant des questions sur la gestion des fonds publics :
Smith Augustin a dépensé 872,220.40 gourdes (environ 48.5% de sa limite), sans remboursement. Sa carte a été bloquée le 28 juillet 2024 pour non-paiement.
Lonick Léandre a dépensé 546,921.60 gourdes (environ 48.6% de sa limite), également sans remboursement.
Emmanuel Vertilaire a dépensé 1,078,225.61 gourdes (environ 59.9% de sa limite), avec des remboursements effectués seulement après le début de l’enquête.
Louis Gérald Gilles a utilisé 1,027,336.82 gourdes (environ 57.1% de sa limite), remboursant uniquement 55,700.00 gourdes.
L’ULCC a souligné que l’indiscipline financière des quatre bénéficiaires, ainsi que le faible niveau de diligence dans les transactions effectuées, confirment les déclarations de Raoul Pascal Pierre Louis. Selon le procès-verbal du Magistrat Fritz Veus, les dépenses effectuées par les membres du CPT avec leurs cartes de crédit BNC devront être remboursées par Raoul Pascal Pierre Louis, en contrepartie de sa reconduction à la tête de la BNC.
En exigeant et acceptant un avantage indu pour accomplir un acte de leur fonction, Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, et Louis Gérald Gilles auraient abusé de leur pouvoir, violant les lois sur la prévention et la répression de la corruption.
Au vu de ces découvertes, l'ULCC recommande une action pénale contre Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, et Louis Gérald Gilles « pour tentative de corruption et abus de fonction ». De plus, l’ULCC appelle à des réformes pour renforcer la transparence et le contrôle des finances publiques, en particulier concernant la BNC.
Par Gazette Haiti News
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