Dans une note sur la conjoncture rendue publique hier, l’Évêque d’Anse-à-Veau / Miragoâne, Mgr Pierre-André Dumas plaide en faveur d’un réveil citoyen pour «résister à la dictature de l'individualisme ». Cette note se veut un appel aux élites du pays.
C’est une note qui prend en compte la situation globale qui sévit en Haïti. Elle interpelle les forces morales, les élites intellectuelles, économiques et politiques en vue de la reconstruction du pays.
Les élites politiques qui « sont déjà aux commandes des organisations politiques, ceux qui aspirent à prendre en main l’État, ceux qui occupent déjà des postes de commandement au sein de l’appareil d’État devraient être dès maintenant associés à cette démarche de reconstruction. »
Mgr Dumas fait appel à un front commun rappelant que « personne ne peut sauver la nation sans les autres. » « Nous ne pouvons pas aller de l'avant dans le chacun pour soi sans les autres mais nous pouvons le faire tous ensemble par amour pour notre pays », croit-il, estimant que ces actions « sont indispensables et nécessaires pour le sauvetage souverain de la nation. »
« Nous appelons avec vigueur à un réveil citoyen pour nous accrocher aux vertus cardinales et aux vraies valeurs citoyennes et universelles pour résister à la dictature de l'individualisme et donner à Haïti un nouveau départ qui soit fondé avant tout sur les valeurs spirituelles, sur les idées rationnelles et non sur les intérêts de classes et de castes ou sur les idéologies marchandes qui banalisent et désacralisent la vie », écrit-il.
Cet appel vient après que le responsable catholique a présenté le tableau d’une société à l’arrêt; un territoire qui s’engouffre dans les crises interminables. De juillet 2018 à nos jours, entre mouvements de rue engendrant le « peyi lòk » et l’emprise des gangs sur le tissu social, Pierre André Dumas dit avoir assisté « à une désarticulation inquiétante de la société. »
« On est passé sans faire gaffe et dans l’ordre, du rejet obstiné du « système », de la lutte contre la corruption (« Kot kòb Petwo Karibe a ? »), de l’opposition au Président d’alors dont on réclamait le départ, à l’occupation d’une bonne partie du territoire par les gangs », constate Mgr Dumas.
La situation va de mal en pis et il ne s’agit plus d’une simple crise conjoncturelle mais ça va bien au-delà. « Nous pouvons et devons constater l’absence de ce que certains ont appelé les grandes orientations culturelles qui alimentent et structurent l’agir des sociétés. L’effondrement est si profond qu’un appel solennel doit être lancé à ceux et celles qui sont en mesure de contribuer à la définition et au respect des grands repères susceptibles d’orienter le devenir de la nation », soutient l’Évêque d’Anse-à-Veau / Miragoâne.
Aux élites intellectuelles, il croit qu’il est important qu’ils ne se cachent plus pour aider à comprendre « la gravité de l’heure, dégager un modèle explicatif de ce cheminement dramatique et, sur la base des opportunités repérées, signaler des pistes de reconstruction. »:
« Élites intellectuelles de ce pays, engagez-vous! Nous avons tous besoin de votre expertise et de votre capacité à nommer ce qui n’a pas encore de nom ».
Les élites économiques sont aussi mises face à leurs responsabilités. Il les critique de ne pas avoir formulé, indique-t-il, un véritable projet de production nationale de richesses qui prenne en compte les besoins et potentialités des différentes composantes de la nation.
« C’est dans ce cadre que la problématique de la formation et de la mise au travail des jeunes peut être formulée à nouveaux frais. Apparemment tout un potentiel de mobilisation existe et ne demande qu’à être activé. Mais la désarticulation des sociétés est en partie imputable à l’absence de vision et l’individualisme de leurs élites économiques. On ne saurait minimiser l’importance transversale des élites économiques », explique Mgr Dumas.
Haïti fait face à une crise sans précédent où les Haïtiens par milliers cherchent à fuir à l’étranger par tous les moyens en raison du chômage, de la mauvaise gouvernance et des violences des gangs contrôlant une partie du territoire.
Par : Daniel Zéphyr
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