Haiti/Culture:- LE TEMPS DES SOUVENIRS: LE MOUVEMENT DÉMOCRATIQUE EN HAÏTI 1971-1986

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Port-au-Prince, Le Dimanche 03 Fevrier 2019

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Rubrique: Rendez-vous avec les livres

 

  • Premiere partie​​​​​​​​​​​​​​

Compte Rendu de Lecture de l’ouvrage de Jean-Robert Herard

 

Quand un journaliste vide son sac, qui plus est haïtien, on se dit que le voyage va être mouvementé voire même désopilant. C’est mon vieil ami GABRIEL Frédéric qui m’a apporté d’Haïti, le nouveau livre de l’ancien Ambassadeur d’Haiti auprès de la République Bolivarienne du Vénézuela. Un livre qui nous plonge dans les réminiscences de l’histoire immédiate de notre pays. Il faut le mettre entre les mains de la jeunesse pour qu’elle comprenne enfin de quoi est faite notre histoire surtout qu’elle ne prenne plus les vessies pour des lanternes. Ce livre est avant tout celui de l’histoire immédiate, jamais l’adjectif que l’on accole à cette science n’avait bien mérité son nom avec ce récapitulatif historique sur plus de cinquante ans d’histoire. « Le temps des souvenirs » est avant tout celui d’un journaliste qui a vu le fils succédant au père. Entre ces deux dates, disons trois, 1957 l’élection organisée par l’armée et le bon Général Antonio Thrasybule Kébreau a cru bon de choisir le plus gentil, le plus malléable, le muet absolu pour hisser à la magistrature suprême, un obscur médecin en la personne du docteur François Duvalier:

Ainsi s’ouvre un robinet de sang qui allait se poursuivre à sa mort. Deuxième date 1971, dans un incroyable jeu de dupes constitutionnel, le dictateur souffrant de diabète a succombé à une crise cardiaque. Mais au pays de l’histoire compliquée, son fils Jean Claude lui a succédé sans coup férir, dans un plébiscite où les tontons macoutes forçaient les gens à adhérer à l’entreprise macoutique. Ce qui nous amène à 1957-1986, ce sont les années du Duvaliérisme triomphant consécutives au Jean Claudisme autoritaire teinté d’ouverture en trompe l’œil. L’auteur préfère poser ses jalons de journaliste sur une période, celle du fils 1971- 1986. On le comprend car Jean Robert Herard était au cœur de la mêlée, dans l’action avec sa plume il ferraillait au Petit Samedi Soir. Acheter et lire ce dernier sous l’œil des macoutes équivalait à la prison voire la mort. Cette période décrite avec autant de brio que d’éruditions constitue pour la presse l’âge d’or du journalisme militant car il fallait soulever le couvercle d’une dictature qui envoie périr à Fort dimanche des milliers d’opposants parfois aussi des innocents voire même des partisans zélés emportés dans la folie meurtrière des hommes.

Des journalistes indépendants: 

"En ces années-là, écouter les voix chaudes de Liliane Pierre Paul déjà elle, kompe Filo, feu Jean Dominique était à l’époque un sacerdoce civique"

Qu'est ce que cela recouvre dans ces années-là ? Qu’est-ce qu’il entend par là ? Est-ce une réalité ou une fiction sociologique?Indépendants dans ces années de plomb du Duvaliérisme ou des journalistes d’Etat mettaient leurs plumes au service de la répression. <<Les journalistes indépendants >>, ce sont celles et ceux qui ne gobaient pas les conneries du pouvoir en place et qui luttaient contre les répressions de toutes opinions discordantes. En ces années-là, écouter les voix chaudes de Liliane Pierre Paul déjà elle, kompe Filo, feu Jean Dominique était à l’époque un sacerdoce civique. La rupture s’opère frontalement avec eux, appliquant les règles de leur profession. Enquêtes très fouillées, éditoriaux au vitriol, donner la parole à l’opposition bref tout ce qui n’était pas déraisonnable. Ceux du Feu Jean Dominique étaient capables de renverser le pouvoir. On disait dans le landerneau du pouvoir Duvaliérien que chaque éditorial de l’Agronome troublait le sommeil des pontes au pouvoir. Indépendant,  le mot est lâché et  ce n’était pas une forfanterie encore moins un concept éculé. Ce vocable était synonyme de bastonnades de la part des fameux SD aux trousses tous les jours :

<<Avec l’émergence, dans les années 70 des journalistes indépendants, on a assisté à l’articulation d’un nouveau discours à travers la presse. Tout au début, ce discours avait l’ambition de dévoiler la réalité d’un pays pauvre sans remettre en question directement le pouvoir en place. En fait, dans la conjoncture créée par deux décades de pratiques arbitraires et répressives, dire clairement ce qui était, constituait déjà l’essence même de la contestation>>. L’âge d’or du journalisme haïtien date de cette époque. Ceci est incontestable tant sur les plans de l’articulation des idées qui circulent à travers des écrits, que sur les rubriques tendant à rapprocher la société des journaux. 

Journalisme militant - Journalisme engagé

Il faut clairement établir une différence entre un journaliste militant et engagé. Les bandes à Jean Dominique, Dieudonné Fardin pratiquèrent un journalisme engagé, il suffit de plonger dans les archives sonores et écrites pour comprendre le sens du mot engagé, une vérité vraie bref un journalisme de vérité en disant tout simplement ce qui existe, ce qui se passe. Ceci est d’autant plus important qu’en face, il s’agissait d’une propagande gouvernementale qui tournait à plein régime avec des intellectuels bien endimanchés. Qui se souvient encore de ce générique de la radiotélévision Nationale d’Haïti:
 "Radio nationale présente la chronique du Ministère de l’information et des relations publiques. Une voix plus aiguë encore annonce cette chronique est  Présentée par Maître Charles Alexandre Abelard"

Là comme d’habitude, pendant plus de vingt à trente minutes ce fin lettré vous mettra le Duvaliérisme dans la tête avec des compositions à tel point  que vous finirez par adhérer à ses propagandes. A l’époque si vous vouliez lutter pour ne pas vous enfermer dans cette propagande d’Etat bref lutter contre ces genres de bêtises que déversaient les organes officiels du pouvoir, il fallait dans l’après midi écouter l’inverse radio Haiti inter ou lire la fin de la semaine le Petit samedi soir.

 Dans cette décennie commencée avec le fils de Papa Doc aux affaires du pays. L’auteur analyse tout ce qui se passe dans la presse. L'opposition  qui commence à sortir sa tête de l’eau après les années de plomb de papa Doc. Il y a des révélations qui nous laissent sans voix et à l’époque on ne faisait pas attention: parmi les journalistes qui officiaient dans le Petit Samedi Soir, un futur Ministre agrémenté d’un adjectif tout aussi mirobolant « Etat » dont l’usage est résumé dans une brochure de sciences po Paris; Ministre qui peut avoir l’œil sur tout ce qui se passe dans le Gouvernement. Ainsi Théodore Archille avant de devenir les quatre mousquetaires des années quatre-vingt qui avaient le droit de vie et de mort sur ses compatriotes, avait été journaliste au petit samedi soir. C’est bien connu le journalisme mène à tout à condition que l’on applique ses principes déontologiques.

M D