Haiti/Culture:- Maguet Delva au delà de nos maux

Submitted by gazettehaiti on Thu, 07/26/2018 - 07:43

PAR ADRIEN H. ROMILUS 

J’ai lu le nouveau recueil de poésie du diplomate journaliste haïtien Maguet Delva,  il ne faut pas se perdre dans des atermoiements sans fin,  pour qualifier ce travail ample de plus de 150 poèmes, de quoi faire deux recueils. Il faut dire que l’homme a toujours pratiqué une générosité sans bornes. Ce généreux escogriffe payait régulièrement pour des étudiants sans le sous  que nous étions à Paris. Je le revois encore nous demandant avec beaucoup d’humanités comment vivions nous? 

Ne boudons pas notre plaisir,  les poèmes de Delva sont beaux et dégagent pour la plupart d’entre eux,  des sonorités musicales que l’on peut aisément mettre en musique. Port au Prince, notre ville est là avec une description verticale où la sublimation vient  à la rescousse d’un reportage chose vue. C’est ce qui fait la force de ce recueil sublimation atemporelle sous fond de réalités sociales dont Delva a du sans doute voir pas mal lorsqu’il exerçait le métier de journaliste  reporteur pour l’hebdomadaire Haïti en Marche et bien d’autres journaux de Paris . Ah cet œil aiguisé qui voit tout,  qui comptabilise et qui répercute tout avec fracas dans les colonnes des journaux parisiens . Avec ce recueil Delva retrouve Jean Claude Charles un compatriote journaliste poète romancier qu’il aimait passionnément. 

c’est un poète engagé qui nous vient de Paris mais qui n’a rien oublié de son terroir artibonitien dont il campe à travers plus d’une dizaine de poèmes des  merveilleux a coupé le souffle. Cet enchanteur dont les conversations poétiques  ne se perdent pas dans l’écriture, nous présente une poésie simple, faite d’observations d’imaginations et d’engagements. Tout y est,

 les crépuscules de l’artibonite nous sont devenus soudain si familiers avec  leurs bruits,leurs  fureurs, leurs douceurs de vivre. Delva  nous transporte sur les rives de l’immense fleuve dont il contemplait enfant; les allées et venues des pélicans aux longues jambes qui se dehambulaient en procession nuptiale. 

Des souvenirs qui au fil des ans forment des noeuds qui font jaillir un matin des métaphores tantôt sous forme allégoriques tantôt romantiques avec l’évocation des paysages somptueux. L’évocation de ces pélicans qui baladent sur le fleuve trempée de douceurs matinales est sans doute l’un des plus beaux poèmes du recueil et le poète Delva se rappelle de tout quelle mémoire . 

« Douce nuit d’été à la belle étoile des floraisons

Des digues endimanchées d’eucalyptus à foison 

Courbent sur le poids du vent

En ce temps-là, 

l’Artibonite projetait sa lumière crue

Jusqu'au tréfonds de sédiments qui se déversaient 

A profusion dans les mangroves

Par moments j'aimais la traverser

Avec des pantalons neufs Attendrissements et frémissements assurés

Sur les allers et retours des vagues

Elles m'enveloppèrent dans leurs grandes carapaces »

  l’auteur fend, adoucit nos tympans avec des métaphores descriptives somptueuses bienveillantes qu’il s’agisse de l’artibonite ou encore 

Il possède un œil topographique qui coupe les métaphores en rondelles pour mieux les sublimer et  faire une poésie avec des belles métaphores qui brillent. Cette description de Port au- Prince vaut son pesant d’or, dans le recueil, charriant tout comme une embouchure de l’artibonite en furie cher au poète. Ici les métaphores côtoient des anaphores pour accentuer la laideur en même temps pour une description métaphorique formant à lui seul un poème 

« Port au Prince s’est endormie dans mes bras 

comme une vieille dame »

Tout est dit comme le journaliste dans un reportage il résume tout d’une phrase on n’a pas besoin d’ aller plus loin. Chaque poème est un bref récit enrobé de sublimations qui est la marque même du poète qui fabrique ses métaphores en rafales tout en braquant ses projecteurs sur notre conscience mal fabriquée. Et quand c’est dans Paris que  le poète promène ses spleens ça donne ça. Cet œil qui voit ce que le commun des mortels ne voit  pas. C’est éblouissant de décrire les laissés pour compte de notre société avec tant d’humanités il faut dire que Delva en avait toujours  à revendre 

« Ce matin notre regard a abandonné ces rives 

Pour de vaines rétrospectives sirupeuses

Il a croisé tant d’hommes et de femmes 

Déchiquetés par la vie

Qui traînent leurs ennuis aux bouches des métros 

Pourtant nous avons pressé le pas, comme hier 

Avez-vous vu les déchéances humaines qui galopent

Et se morfondent dans les lumières de la pénombre ? Et l’aurore s’est obscurcie »

Paris ensanglanté et vient d’être frappé par des mains terroristes le poète les charge avec humanité tant et si bien,  il nous entraîne dans l’atmosphère de l’après l’hécatombe un voyage au cœur d’une ville meurtrie 

« Paris debout

Paris altier

Paris magnanime

Paris plus que jamais cosmopolite

Paris, nous revoilà dans tes rues chargées de violettes 

Que des barbares viennent ensanglanter 

Pourtant les Parisiennes sont toujours là

Avec de parfaites toilettes

Circulant dans les rues avec parcimonie »

L’histoire celle de notre pays,  les relations internationales dont il a étudie les contours à l’académie diplomatique internationale de paris mais surtout le journaliste qui transforme ses papiers en métaphores grandioses faute de pouvoir les publier réserves diplomatiques oblige ne sont pas dénués de sens, de quête poétique sous fond d’engagement car pas d’écriture sans engagement. Trois poèmes donnent magistralement le ton « Mes frères en République dominicaine »

Il s’appelait Tulile

La solitude des Frontaliers »

On ne peux mieux faire dans ce registre c’est une défense avec une veine de patriotisme invétéré qui prend la Défense de ses compatriotes 

« Tristes exilés en leur pays sans mémoires 

Incandescent brasier du racisme pathétique

Consumant l'horizon de nos soleils couchants 

Désormais, le sang de nos frères obstrue les routes 

Sous leurs pas feutrés

d'amertume

Des braillards crient vengeance de l’exode des nôtres 

Soumis aux mitrailles imbéciles »

 

L’actualité est omniprésente ou lointaine le poète a pris notes et campe ses chagrins dans ses anagrammes. Son pays est là sous toutes les coutures,  comme ce magnifique poème aux relents d’une tristesse palpable comme des plaies purulentes sur nos blessures de peuple.

« Voici mon pays à la gorge nouée

Dont le cœur est au chagrin comme un enfant muet 

Les grisailles permanentes au-dessus de lui 

Sont pénétrantes

Comme le soleil absorbant l’aurore

Le crépuscule a englouti le jour

Il s'endort comme à l'accoutumée

Sur une mer démontée en s’agitant 

S'excusant même de ses vitupérations sans fin. »

Plus de 150 poèmes forment des faisceaux poétiques majeurs. Maguet Delva est habillé de ses plus beaux habits poétiques pour nous foudroyer d’un seul coup de toutes ses tendresses, ses préoccupations de citoyens, que ce soit à Paris, Port au Prince ou encore Petite Rivière de l’artibonite, les vers du poète Maguet Delva ne manqueront pas de plaire aux lecteurs soucieux de découvrir un homme qui s’implante là où l’on ne l’attendait  pas.

 

LES PALAIS DU CHAGRIN 

DE MAGUET DELVA 

AUX ÉDITIONS ASTRINOBES, 

7 rue des Grives 95160 Montmorency Tel : 01 34 17 63 18 astrinobes@gmail.com

 

PARIS, 2018.