Ferme Latortue

Peur, incertitude, crainte de pays lock, l’image de Port-au-Prince en pleine fête d'un carnaval national annulé

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Le vent noir souffle sur Port-au-Prince et ses environs ce lundi. L’odeur inquiétante de pays lock se dégage en marge d'un carnaval annulé par le gouvernement sous pressions policière et populaire

Il est midi et les rues de Port-au-Prince sont complètement dégagées comme si on vivait un couvre-feu. Les rues sont désertes. Le transport en commun est quasi-inexistant. Pas de patrouilles policières dans les rues. La population est comme livrée à elle-même.

De Delmas à Pétion-Ville, ces villes sont mortes. L’économie est à terre. Quelques rares entreprises ont ouvert leurs portes et ont fermé peu avant midi. Même les bars ont fermé en pleine période de congé national.

Après l’affrontement entre policiers aidés de manifestants et des hommes des Forces armées d’Haïti qui a provoqué l’annulation du carnaval national, le cœur de Port-au-Prince ne bat presque plus. La prudence est de mise.

À un cheveu de Sonapi, un véhicule sert de barricade. Sonapi fonctionne en demi-teinte ce lundi.

Sur toute la route, circuler aurait été un long fleuve tranquille, si ce n'était la peur qui gagne la population. Et des pneus enflammés constatés en peu partout. “Je dois regagner la maison au plus vite avant qu'il soit trop tard”, lâche une dame sur la route de l’aéroport, qui marche à pas de géant, venant du travail. 

Pour trouver un backup de police, il faut se rendre à Delmas 32. Les plus curieux à Delmas restent debout sur les trottoirs. Encore des pneus enflammés ont été constatés sur toute la route. Au marché de Pétion-Ville, les marchands sont présents, mais pas d’acheteurs. Pas d’embouteillage habituel sinon l’explosion de détritus dans les parages. 

Un backup d’agents de l’USGPN stationné devant l’hôtel Oasis. La zone était tranquille juste avant qu’un motard ayant à son bord un homme armé n’ouvre le feu « aux yeux et à la barbe » des policiers. Aux alentours de la place Saint Pierre, quelques badauds assistent aux colonnes de feux noirs provenant des pneus montées au ciel. 

Tout près de Oasis, Muncheez est presqu’à l’arrêt. « La situation est catastrophique pour nous puisqu'on sort d'un pays lock et maintenant on se demande où on l’on va », a réagi le propriétaire de Muncheez Gilbert Bailly de Muncheez. Il se demande s' « il y a des dirigeants dans ce pays »

En réponse à la question, est-ce qu'il s'inquiète pour son entreprise, Gilbert Bailly place sa confiance dans le « Bon Dieu bon ». « Quand on a investi toute sa vie dans une entreprise, on est obligé d'être là contre vents et marées parce qu'on a des obligations envers les employés et les créanciers. La vie continue », dit-il, appelant au dialogue entre les protagonistes même si l'homme d’affaires déclare se mettre à l'écart de la politique

Aux alentours de la Direction générale de la PNH, un dispositif de sécurité est monté. Cela n’empêche pas aux manifestants zélés de monter le ton. 

Port-au-Prince, qui frôle les 3 millions habitants assiste tranquillement à cette décente aux enfers. 

Gazette a appris que l’un des bars resto et hôtel le plus populaire de Delmas 33 avait fermé ses portes bien avant 21h dimanche en raison du climat d’insécurité. Ce lundi, ce bar reçoit une poignée de clients.  À proximité, le patron d'un bar à ciel ouvert dit suivre la situation avant d’ouvrir ses portes.

 

Michelson Césaire

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