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Coup De Projecteur/Dady et Manuela: le couple de danse franco-haitien qui immortalise le compas dans le dernier film « Deux Moi » de Cédric Klapisch

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La nouvelle a fait la joie de tous les haïtiens. Notre compas direct est mis à l’honneur dans le dernier film « Deux Moi » du réalisateur français Cédric Klapisch, sorti en septembre 2019. Dans la dernière séquence sur un son de Coupe cloué,  « Dady et Manuela », Dady Saint-Thomas et Manuela Ara,  de leur vrai nom, ont fait découvrir à la France entière la beauté et la sensualité de la danse compas. « Il y a danse et danse mais le compas c’est de la vraie danse », dit un des acteurs dans le film avant d’enchaîner avec l’une des plus belles et poétiques définitions du compas: «  Le compas, c’est l’accord des corps ». 
Le réalisateur dans une interview a bien misé sur le côté « sensuel sans être érotique » de notre danse pour justifier son choix de l’intégrer dans son film, une danse qu’il trouve également « simple et actuelle
».

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Si notre musique, grâce à des groupes comme Tabou Combo, Carimi et d’autres..ont réussi quelques percées sur le plan international, un nouveau palier vient d’être franchi avec ce film qui met en lumière ce rythme musical créé par Nemours Jean Baptiste en 1955. Cette visibilité, Dady et Manuela, veulent bien la  mettre à profit en organisant le festival Konpa&co du 21 au 24 mai 2020.

Malgré un agenda très chargé ces derniers temps, les deux danseurs ont pris le temps de répondre à nos questions sur leur parcours, leur parfaite collaboration, leur participation dans le film, et surtout leur acharnement à faire la promotion de la danse compas en France.

Coup de Projecteur sur Dady et Manuela, un couple de danse habité par le désir de faire rayonner le compas et la culture haïtienne:

DADY, enfant de Bois-Caradeux:

« Je suis Dady Saint Thomas, je suis né et j’ai grandi à Bois Caradeux (Commune de Tabarre) en Haïti. Je suis arrivé en France à l’âge de 14 ans ».

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Manuela, haïtienne de cœur:

« Je suis Manuela Ara, d'origine espagnole, danseuse depuis une quinzaine d'années en danse de couple et danse afro. Partenaire de Dady saint-Thomas depuis 9 ans. Je travaille depuis 7 ans avec lui pour la promotion du compas »


Faire la promotion de la culture haïtienne par l’enseignement du compas, le moyen idéal  pour  Dady:

«  J’ai commencé la danse en 1997 par le Hip Hop puis la salsa et d’autres danses de couple en 1998 et par la suite la danse africaine, et la danse contemporaine. Mon désir d’enseigner le Compas est venu de mon envie de promouvoir la culture haïtienne.
La danse est pour moi un vecteur universel qui peut faire abstraction de la parole et des barrières de langue. C‘était donc, pour moi, le moyen idéal pour mettre en valeur la culture haïtienne, la diffuser aux personnes non issues de la communauté et de montrer que malgré ces « tracas de tous genres », Haïti a aussi de belles choses à montrer »

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L’aventure à deux: Dady et Manuela. Une parfaite collaboration au service de notre musique:


« Manuela, ma partenaire de danse et moi, nous nous sommes rencontrés en 2009 et nous dansons ensemble depuis 2011.
Effectivement il s’agit d’une parfaite collaboration car nous nous complétons à plusieurs niveaux. J’avoue qu’elle a su déceler tout le potentiel de la danse Compas et l’impact qu’elle pourrait avoir auprès des personnes non-issues de la communauté... Là où je ne voyais qu’une simple danse d’amusement, comme beaucoup haïtiens.
Depuis 2013 nous travaillons avec acharnement pour la promotion du Compas. Malgré les difficultés rencontrées, nous avançons encore et encore »

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Manuela littéralement sous le charme du Compas depuis sa rencontre avec Dady:

« Ce qui m'a amenée vers le compas a été ma rencontre/ collaboration avec Dady Saint Thomas qui m'a fait connaître tout un grand éventail de la musique haitienne et notamment le compas en passant par Nemours Jean Baptiste, Weber Sicot, et des groupes phares comme shleu shleu, tabou combo, mais aussi des personnalités comme Ti Mano, Jacques Sauveur Jean, Coupé Cloué et j'en passe...
Je suis tombée littéralement sous le charme de cette richesse musicale et j'aimais beaucoup la manière dont Dady avait de danser le compas avec moi. C'est ce qui m'a donné envie de savoir plus sur la danse et de m'entraîner avec Dady dans ce sens ».

Pourquoi est-ce important pour Manuela, française, d’origine espagnole de participer à la promotion de la culture haïtienne, du compas en particulier?  
Un attachement au delà de la musique, elle répond: « Haiti m’a surprise , m’a émue, m’a rendue admirative, m’a passionnée »

« J'ai fait des études sur l'Amérique Latine et la Caraïbe. Dans mon programme Haïti en faisait partie. Je pensais connaître cette île un minimum, mais en rencontrant Dady, Je me suis rendue compte que j'étais très loin du compte! 
Haïti m'a surprise, m'a émue, m'a rendue admirative, m'a passionnée.
Il y a tellement à connaître, à découvrir et à apprendre pour nous qui ne sommes pas de cette culture et qui n'avons que la vision que les médias veulent bien nous donner.
Que ce soit la peinture, la littérature, la danse, la musique, le vaudou, la gastronomie, c'est totalement passionnant. Ça fait 8 ans, grâce à Dady, que j'en apprends sur Haïti et je suis toujours autant émerveillée.
Et du coup je ne comprends pas qu'Haïti soit aussi méconnue et j'ai vraiment envie d'acter à mon niveau pour faire découvrir cette belle île à l'extérieur et si j'arrive à déclencher le même coup de coeur que j'ai eu j'en serai vraiment très heureuse.
C'est pour ça que je me sens investie dans le compas par exemple parce que je pense que la danse est un très bon vecteur pour faire découvrir une culture, comme la salsa a pu l'être pour Cuba par exemple »

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« Deux Moi »: Le travail de ces passionnés du compas mis à l’honneur au cinéma français par le réalisateur Cédric Klapisch. Dady raconte l’histoire de cette belle aventure:

« Comme je vous le disais, on s’était donné pour mission de promouvoir la danse Compas et comme les choses passent beaucoup par les réseaux sociaux nous avions décidé, comme beaucoup, de publier quelques vidéos. C’est ainsi que Miguel Octave, le réalisateur du documentaire « La Martinique, seconde patrie du Konpa ? » nous a découverts et nous a fait participer à ce projet.
M. Cédric Klapish, est une personne très curieuse qui recherche toujours l’authenticité et l’originalité, est tombée par hasard sur ce documentaire au moment où il travaillait sur le scénario du film « deux Moi ».
Il a été intrigué par cette musique et cette danse qu’il ne connaissait pas. Il a ensuite demandé à Miguel Octave mes coordonnées et il est venu à mon école de danse « Art Is Live Studio » pour assister à un de mes cours de Compas pour voir si cela correspondait à ses attentes.
Dès son arrivée à mon école, on a pas mal discuté de l’histoire de cette musique et de cette danse.
Il était fasciné par mes propos car il n’avait jamais entendu parler du Compas qui avait plus de 60 ans et faisait danser toute la Caraïbe et le monde via la diaspora haïtienne et antillaise.
Je l’ai convaincu de participer au cours. A la fin du cours, il était complètement sous le charme du Compas et à donc décidé de ré-écrire son scénario pour donner une place plus importante au Compas dans son film. Parce qu’à la base, je ne devais pas jouer dans le film, je devais uniquement apprendre aux acteurs à danser. Emballé par mon cours de Compas, il m’a demandé si j’accepterais de passer un casting pour voir comment j’étais en tant qu’acteur et voir si je pouvais assumer le rôle.
Comme vous l’aurez deviné, le casting s’est très bien passé et j’ai eu le rôle. Depuis le film, nous sommes restés très proches ». 


De la fierté et un accomplissement pour le couple de danse « Dady et Manuela », après avoir essuyé de sévères critiques de la part de certaines mauvaises langues:

« Avant tout, BEAUCOUP DE FIERTÉ pour le compas, la culture haïtienne et aussi du courage de Manuela et moi de ne pas avoir abandonné. Comme je vous le disais les critiques sur les réseaux sociaux quand on à décidé de donner des cours de Compas étaient très durs, surtout venant de la communauté qui voyait en nous des personnes qui allaient dénaturer le Compas ou des profiteurs. A la sortie du film, on s’est dit  ça y est.. Enfin, le Compas va avoir la place qu’il mérite !
Et ça va pouvoir créer une brèche pour le grand public vers la Culture haïtienne et Haïti », répond le danseur à la question de savoir quels sont ses sentiments après la sortie du film et de voir l’engouement du public pour notre musique/danse. 

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Et ce sont les mêmes sentiments d’émotion et de fierté qui animent la collaboratrice sur les pistes de Dady:

« J'étais très fière, très touchée et émue de voir la manière dont Cédric Klapisch avait intégré le compas. Je trouvais que ça faisait une très belle promotion pour le compas et que ça donnait envie d'en savoir plus que ce soit sur la danse ou la culture haïtienne. J'étais aussi très heureuse que coupé cloué ait été choisi pour illustrer le compas et Haïti, pour moi il reste un artiste emblématique », réagit Manuela.


Pourquoi Coupé Cloué ? Choisir la bonne chanson n’était pas une partie de plaisir. Dady a donc dû s’opposer à certains choix faits par l’équipe du film. Pour lui, « une partie de l’histoire du compas et de la culture haïtienne pouvait se jouer dans cette histoire ». Il raconte :

 « Cédric Klapisch ne connaissait pas le Compas jusque là. Il avait choisi un premier morceau qui pour moi ne collait pas. Il m’a donc demandé de lui faire des propositions. Ma première proposition était « Ti Carole » de Nemours Jean Baptiste.
Pour moi c’était tout un symbole...
Puis « Moun Damou » parce que c’est un de mes morceaux préférés et que par rapport à l’histoire du film, je me disais, pourquoi pas. Mais M. Klapisch n‘était pas convaincu.
L’équipe du film avait fait d’autres choix contre lesquelles je me suis battu au risque de perdre mon rôle et de faire sortir le Compas du film. Parce que pour moi, une partie de l’histoire du Compas et de la culture haïtienne pouvait se jouer dans cette histoire.
Avec Miguel Octave, qui est aussi un très bon ami, on s’est beaucoup concerté et la question du nouveau et ancien Compas s’est beaucoup posée.
Après réflexion le choix de Coupé Cloué s’est imposé. Avec Coupé Cloué on était sûr et certain de ne pas se tromper. On savait que le Compas et Haïti allait très bien être représenté », 
soutient le fin connaisseur du compas qui explique avoir rencontré Fred Paul, le gérant des droits de Coupé Cloué, grâce à ce choix. De là est née l’idée de remettre sur scène les Mini All Stars, nous-a-t-il révélé.  
Cependant, aucun contact, dit-il, n’a encore été établi avec la famille du Roi Coupé suite à l’hommage qui lui est rendu dans le film. 

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Le Konpa&Co Festival en mai prochain en France : surfer sur ce coup de pub offert par le film pour organiser un événement exceptionnel :

« Nous organisons le KONPA&Co FESTIVAL qui va se dérouler du 21 au 24 mai 2020 au Pavillon Baltard.
Nous voulions organiser un « événement », qui mettrait en lumière le Compas, Haïti et la culture caribéenne. Pas un événement de plus, mais un événement unique.
C’est un Paris très osé parce que c’est une grande première dans le monde. Une grande première parce que le Konpa&Co c’est :
- 4 jours de Festivités
- 4 Soirées dansantes avec plusieurs salles et ambiances
- 2 Concerts (les Mini All Stars et Melodeek)
- 10 Dj’s
- 14 disciplines et 30h de cours de danse avec des professeurs venus d’Haïti, d’Europe, des Etats Unis et des Antilles
- 1 Spectacle de Danse
- 1 Marché Caribéen
- Des conférences et débats sur le Compas, l’Art et la Culture haïtienne
- Des ateliers de dégustation de Rhum
Le programme complet est sur notre site : www.konpaandco.com », concluent Dady et Manuela, laquelle n’a pas oublié de rappeler le but du festival: 

« Faire découvrir les richesses d’Haïti »

 

Pour ce festival, Dady et Manuela se disent confiants quant à la participation massive des haïtiens de partout, une façon selon eux de montrer aux autres qu’ils soutiennent le compas et la culture haïtienne. Ils sont aussi ouverts à toutes propositions de partenariats ou de sponsoring, tant du côté de l’état que du privé car un événement d’un telle envergure nécessite un budget qui soit à la hauteur du pari. En ce sens, ils ont déjà rencontré pas mal d’institutions dont l’Ambassade d’Haiti en France. 

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En guise de dernier mot,  Dady Saint-Thomas qui se garde de dévoiler s’il a déjà reçu d’autres propositions pour le cinéma en France, espère que les haïtiens seront fiers de cette mise en lumière de notre compas national. « Ce n’est que le début », dit-il en décrétant avec sa partenaire Manuela et son attachée de presse Carine Lagrenade, 2020,  l’année du compas direct.

 Définitivement! Pour cette année le compas a carte blanche en France, après le Konpa&Co Festival en mai prochain, l’AccorhotelsArena à Paris acceuille la deuxième édition de la Nuit du Kompa en novembre 2020 avec certains des meilleurs groupes actuels comme Klass, Nu Look, Kaï et Harmonik. 

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